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 Le Noël de Jambe de Bois

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MessageSujet: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 1:55

Il faut avoir vécu un Noël en Alsace, un seul Noël pour comprendre combien cette fête est importante pour ceux de cette belle province. La fête y est une sorte d’institution, tous y participent, tous y sont heureux… l’on croirait que la Noël - comme l’on dit dans les campagnes - est un temps d’Alsace… c’est sans doute ce qui poussa Jambe de Bois à revenir à Aubernay, à pied et sans compagnie ce terrible hiver 1823.

Jambe de Bois était un vieux routier, c'est-à-dire un Ancien d’infanterie, qui avait parcouru toute l’Europe pendant vingt ans.

Jambe de Bois n’avait plus famille sur terre et, sans doute personne sous terre, à qui il puisse donner ni nom ni visage.

Jambe de Bois était un enfant trouvé, trouvé devant un porche d’église. Un donné aux bons soins du ‘’Bon dieu’’, si tant est qu’il y eut ‘’Bon Dieu’’. Jambe de Bois avait travaillé jeune comme garçon de ferme, prêt d’Aubernay.

Le fermier n’était ni bon, ni mauvais. On mangeait à faim, on dormait au chaud et tant l’habit que le linge était propre chez le maître.

Les bouleversements de l’histoire n’eurent pas grand écho sur le garçon de ferme d’Aubernay… jusqu’au jour où il tira le numéro qui le mena à courir l’Europe et même le Pays d’Egypte…

C’est en Wurtemberg, lors de la prise d’Ulm, prêt du Danube, qu’un boulet de fonte lui prit le bas de la jambe, juste en deçà du genou. Ce 22 Vendémiaire de l’an 14, soit le 14 octobre 1805, il devint Jambe de Bois.
Soigné et amputé, Jambe de Bois voulut reprendre les routes avec ses Camarades… ainsi il parcourut le Monde sur une jambe de buis, sans jamais faillir ni se plaindre.
- II -


Les temps avaient changé et le temps était passé. Jambe de Bois était ces jours, un presque vagabond ; presque car aucun n’avait eu cœur à le priver de ses mouvements comme il est de coutume de faire avec les ‘’va sans le sou’’…

Jambe de Bois vivait d’un peu de soupe et de tabac que lui faisaient partage soit des anciens mieux fortunés soit des jeunots qui avaient respect devant l’allure du Vieux Routier arborant un guenilleux uniforme disparate avec manteau long des Chasseurs de Beissière et portant le bonnet de police des Feux Follet du ‘’Petit Tondu’’…

Coucher sous le toit des étoiles n’était pas un frein pour Jambe de Bois, pourvu qu’un coin de feu lui fut baillé pendant les mois de froidure, un coin de feu et un bon baquet pour se débarrasser de la crasse quand les temps lui interdisaient la rivière ou le ruisseau.

Sentant l’âge lui jouer le mauvais tour, Jambe de Bois prit le chemin de l’Alsace pour y mourir au pire, y vieillir au mieux.



- III -


L’hiver de l’an 1823 était presque aussi piquant que l’hiver des Russes, alors Jambe de Bois marchait sans cesse le jour et cherchait les casernements pour l’étape. Ainsi déterminé Jambe de Bois atteint son Alsace… mais les casernements se faisaient rare. Jambe de Bois ne pouvait savoir que l’on avait retiré la troupe des provinces de l’est. Jambe de Bois n’était point instruit des ‘’choses de politique’’.
Jambe de Bois voulait arriver à Aubernay pour la Noël… mais l’aventure se gâtait, hormis quelques curés croyant encore en la charité pour les cheminots et quelques Cayenne de Gens du Métier, l’absence de la troupe le faisait dormir sous le toit des étoiles ; et le froid mordant gagnait de nuit en nuit. Jambe de Bois accusait les ans.

La neige était au rendez-vous et l’Alsace était de charmante vue le jour ; mais ses nuits bleues sous la lueur du Lumignon des Nuits mordaient tant la chair que l’esprit. Jambe de Bois marchait ‘’à forcée’’ pour ne point périr sur place. Mourir, certes, mais pas sans avoir revu son Aubernay.



- IV -


23 décembre 1823, quelque part en Alsace… non loin d’Aubernay.

La neige descend en trombe et Jambe de Bois a grande hâte de rejoindre la forêt au loin. A défaut d’abris, les grands sapins briseront le vent qui pénètre les hardes qui couvrent timidement le corps de Jambe de Bois. A chaque bourrasque, c’est un peu de la vie de Jambe de Bois qui s’envole… La neige et le froid, de vieux souvenirs pour Jambe de Bois, mais, les ans sont venus rogner de la robustesse et Jambe de Bois peine. Les grands sapins enfin sont à porter de main ; un effort supplémentaire et enfin Jambe de Bois pénètre les semi- ténèbres de la forêt d’Alsace. Le vent cherche Jambe de Bois, mais les grands sapins d’Alsace font corps autour du vieux routier… Le manteau de laine peut enfin conserver quelques chaleurs qui permettent à Jambe de Bois de puiser des forces pour… un pas et encore un pas de plus.

La forêt est dense et l’on y serait presque au chaud, enfin moins, bien moins aux morsures du froid.

Jambe de Bois marche, marche sous neige et froid, sans même lever le nez quand…

… Quand une petite forme longue et mince essaie de fuir à grande peine la venue du vieux routier. Jambe de Bois est homme d’aventure et nul bruissement, nul mouvement, n’échappe au vétéran. Il distingue cette petite forme qui s’est laissé tomber dans la neige. Un furet, rien qu’un furet que l’hiver va emporter ; Jambe de Bois s’est arrêté et observe la bête qui ne remue plus qu’à peine. Jambe de Bois voit en cette petite vie qui s’éteint de froid les fantômes d’autres vies qui se sont figées à jamais dans le froid glacial. Alors, le vieux routier, le vétéran du feu et de l’aventure se baisse et saisit la petite lueur de vie que le froid va souffler.
- Te voila presque de l’autre côté camarade, mais tu ne passeras pas le nez dans la neige.

Sur ces paroles, Jambe de Bois glissa l’animal moribond dans la poche de son grand manteau, celui qu’un Chasseur de Beissière lui avait donné l’an passé pour se prévenir du froid des hivers.
Il avait observé l’animal et n’avait point doute sur la destinée de la pauvre petite créature. Autrefois il avait vu des Picards chasser le lièvre avec ces animaux. Quand ils les sortaient des boites à furets ou de leurs poches à gibier ils les tenaient par-dessous les pattes avant afin de se prévenir des cruelles morsures que dispensaient certains de ces animaux ; alors ces curieuses créatures étendaient leurs pattes arrières à l’horizontale.
L’infortunée bête, que Jambe de Bois avait saisi du froid, n’avait point fait de mouvement et même si de la vapeur sortait de son museau, l’animal pendouillait ballant… mauvais signe, mauvais augure, mauvaise fortune. Mais Jambe de Bois n’avait que pour toute fortune un gros cœur, alors il lova la bête dans la poche afin que le museau soit sur le ventre et pattes sur dos - ainsi font ces bêtes pour conserver la chaleur -

Et Jambe de Bois reprit son pas… la nuit en fit de même. Le froid lui aussi reprit son pas… La nuit bleue, la nuit de froid et le vieux routier se confondaient. Le pas clopin-clopant de Jambe de Bois tirait sur la hanche depuis Ulm et, le temps et l’usure avaient fait leurs œuvres. La hanche de Jambe de Bois le faisait atrocement souffrir… il lui aurait fallu quelque bon feu, pour chauffer la douleur. Jambe de Bois marcherait jusqu’à… jusqu’à Aubernay au mieux, jusqu’au matin au pire.

Chaque pas, chaque respiration étaient un supplice. Ah ! Qu’il était loin le temps ou le fier routier courait l’Europe à la chasse aux rois… sans peur et sans faiblir. Pour se donner force, Jambe de Bois chanta à la forêt un vieux chant de Feu Follet, où il était question de liberté et de feu qui dévorant les tyrans, éclaire les peuples qui s’y chauffent… mais, même les hymnes de ses gloires passées n’eurent pas raison de l’inéluctable faiblesse des ans. Jambe de Bois, à son tour tomba le nez dans la neige…

Alors, Jambe de Bois se prit à désespérer et de n’avoir que faire à connaître un nouveau demain. Jambe de Bois s’assit contre un grand sapin et, Jambe de Bois ne songea qu’au long sommeil…



- V -


Jambe de Bois était gourd et la nuit bleue allait engloutir dans son grand sommeil le vieux routier quand…

- N’as-tu point quelques souhaits, quelques vœux que tu aimerais voir exhausser, quelques envies enfouies aux tréfonds de ton âme ?

Jambe de Bois tourna la tête et, vit un sombre spectre qui l’invectivait ainsi…

- quel diablerie te fait apparaître ainsi, mauvais oiseau

- diablerie, le vilain mot ; je ne veux que passer un marché avec toi l’ami

- passe donc ton chemin, je n’ai rien à bailler, je ne suis ni riche, ni mercenaire, vas et passe ton chemin mauvais oiseau

- rien à vendre, dis-tu ?

- et qu’aurais-je donc comme bien à te vendre, pour voir mes vœux assouvis ?

- ton âme, c’est ton âme que je veux. Tu as souvent dit que l’âme était faribole de bonne femme. Vends la moi, tu dis ne point en avoir. Vends la donc, je serai le dupe et toi le malin

- pas de chance spectre, des vœux je n’en ai point

- rien ne te tenterait ? Rien ne te ferait envie ? Allons l’ami, cherche ; car tu ne désires rien que je ne saurais t’offrir
- rien, je ne désire rien qu’un spectre ne puisse me donner et même si j’ai des doutes quant à mon âme, je ne te la vendrai d’aucune manière. Je ne voudrais pas que ma personne soit, ne serait-ce que symboliquement, assujettie à un triste sir ou toute autre créature de cette terre ou du ciel ou même des enfers. Vas, laisse moi mourir en paix, libre j’ai vécu, libre je vais mourir vilain oiseau

- mais tu ne sais encore point ce que je puis, en échange, t’offrir…

Le spectre noir fit un tournemain et il offrit aux regards du vieux routier la vision de mille fortunes et de tant d’or que nul n’en eut vu sur cette terre…

Le vieux routier se mit à rire…

- ce n’est que de l’argent, que de la fortune que tu me montres là, à moi qui ai connu la Fraternité des Hommes, la chaleur du cœur des Braves ; et toi, andouille es-tu, c’est avec cela que tu voudrais acquérir l’âme de Jambe de Bois… ce n’est que de l’argent… que de l’argent riait le vieux routier.

- mais l’or, as-tu vu tout cet or, il te suffit de vouloir pour l’avoir, tout cet or

- l’or, mais c’est la chair des Dieux et moi je ne suis qu’un vieux soldat qui meurt par le froid et la solitude… vas donc à tes affaires, toi et toutes tes richesses

Le spectre noir disparut dans une tourmente de neige.

- et fout donc la paix aux braves gens qui meurt de froid, vilain oiseau, dit moqueur le vieux routier.

Le froid revint alors et se saisit de sa proie… La mort, Jambe de Bois la connaissait, Jambe de Bois la reconnut… La mort c’est froid, c’est bleu et ça fait craquer les corps…

Jambe de Bois était presque satisfait de s’en aller, quand une seconde apparition le sortit des portes de l’oubli.

- Jambe de bois, j’ai à t’entretenir

- vas à ton chemin, vilain oiseau, je n’ai rien à vendre, passe donc ton chemin et laisse moi aller retrouver mes camarades

- Jambe de Bois, j’ai à t’entretenir te dis-je et je ne veux point t’acheter quoi que ce fut

Jambe de Bois leva les yeux et vit une apparition toute blanche, lumineuse à faire mal aux yeux.

- et que me vaut l’honneur

- j’entend bien que tu me viennes en aide

- et je pourrais quelque chose pour toi ? Tu n’as donc point d’yeux pour voir que mon chemin ce termine là

- n’aurais-tu point quelque chose à accomplir

- et non, tout est dit, tout est fait

- te voila bien présomptueux

- ah oui

- certainement, car moi j’ai besoin de toi ; mais je n’ai rien à te donner en échange ; rien, ni fortune ni quoi qu ce fut

A ces mots, Jambe de Bois se redressa

- que puis-je pour toi, le Fantôme ?

- pour moi, rien, mais pour un vieil homme tu peux beaucoup, car il t’attend

- et il m’attend pourquoi, monsieur l’apparition s’il vous plait ?

-tu le sauras, si tu y vas ; mais si tu y vas, tu feras un heureux ; mais n’attends rien en échange

-Monsieur le Fantôme, si je fais ce que tu me demandes, je le ferai parce que cela me convient, me sied et me plait

- mais rien ne t’y oblige

À ces mots, piqué au vif, Jambe de Bois se leva tout droit

- où se trouve donc ton particulier, Fantôme Blanc, et comment le reconnaîtrai-je, et qu’aurai-je à faire pour lui être agréable

- tu consens donc à lui venir en aide

- certes, je n’ai rien d’autre à faire si ce n’est quitter cette terre ; alors, pour finir en beauté, j’irai où tu me commanderas d’aller ; je trouverai les forces pour remplir cette mission.
Parle ! Je ferai

- ne demandes-tu rien en échange

- rien

- puisqu’il en est ainsi ; tu iras jusqu’au bout de ce chemin, il te mènera hors de la forêt. Sorti du bois, tu te dirigeras à main droite. A l’entrée de la ville tu trouveras un petit presbytère où vit un vieil Abbé que l’on dit un peu fou, car il parle aux arbres et aux bêtes de la Forêt. Tu lui rendras visite et, tu lui diras que je t’envoie pour qu’il te confie ce qu’il sait et que tu es celui qui fera ce qui doit être accompli

- c’est tout ?

- en effet, c’est tout ce que j’attends de toi

- c’est dit, et ce qui est dit, est dit

Jambe de Bois, nanti de forces toutes nouvelles et venues à point nommé se mit en marche, comme aux temps d’autrefois…

- attends, dit le Fantôme Blanc, tu oublies ceci

Jambe de Bois se retourna. Le Fantôme Blanc lui indiquait un endroit prêt du sapin où il avait cru en finir avec la vie. Quel fut sa surprise ! Un havresac, non point un, mais son havresac… Que faisait-il ici ? Il l’avait perdu… voila bien longtemps et bien loin de son Alsace.
Le Fantôme blanc semblait fort satisfait, et pour la première fois, Jambe de Bois sembla distinguer ses traits… du moins il eut juré que le Fantôme souriait d’aise.

- vois, Jambe de Bois et, disant, le Fantôme Blanc lui montrait l’Est du Levant

Jambe de Bois vit le Soleil qui se levait, comme à coutume et au convenu… alors, et fou d’espoir, Jambe de Bois salua des deux paumes ouvertes le Soleil… comme avec ses Camarades autrefois…

Le Fantôme lui s’était évanoui dans la Lumière du Matin.

- salut à toi Jambe de Bois, salut à toi et à bientôt… à très bientôt

Jambe de Bois qui n’avait point deux paroles fit ce qui avait été dit ; il se mit en marche et sortit de la forêt ; prit à main droite et marcha.

- VI -

_________________
…ils avaient doutés, mais s’étaient battus avec courage, alors, et à l’heures dite, ils le virent… et saluèrent par une immense clameur le Soleil qui s’était levé au convenu, donnant et l’espoir et les bonnes augures…
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 1:56

VI

24 décembre 1823

Jambe de Bois savait ce que contenait son trésor : une pipe en bois à fourneau de faïence, assez de tabac pour une semaine, un pain de quatre livres avec une honnête tranche de lard, un couteau en manche de pierre bleue d’Egypte, un briquet d’amadou et une petite bouteille d’eau de vie de pomme.
Par quelle fortune le temps avait rendu le bien du vieux routier… tout est possible après une telle nuit se dit Jambe de Bois, car en effet, tout y était.

Jambe de Bois, au jugé de l’Astre du jour, déclara le midi sonné. Il ferait halte et honneur, en bon routier prévoyant, au pain et au lard, mangeant ce qu’il faut, ni plus, ni moins.
Il s’assit sur une vieille souche et se surprit de ne point avoir eut à souffrir de sa hanche, à l’oublier tout à fait je vous prie, rien que cela… Jambe de Bois se souvint alors, du ‘’colis‘’ qui se trouvait dans la poche de son long manteau de Chasseur.
La petite bête devait avoir rejoint la Nature et les Dieux… il mit la main dans sa poche pour en saisir le petit cadavre qu’il se promettait de mettre à l’abri de la terre… comme l’on fait pour un camarade. Mais ce n’est point un trépassé qu’il sortit de sa poche, mais un furet tout vif, fort peu en point, mais bien vif. Il avait en mettant en sa poche le petit animal sauvé ce dernier et, en vivant, ce dernier avait transmis sa chaleur tout prêt de la hanche de Jambe de Bois, ensommeillant la douleur du vieux soldat…

- et bien, petit ami, te voila bien honnête compagnon et pas sans reconnaissance. Tu m’as bien été utile en vivant, ma hanche s’est oubliée à la douleur. Puisqu’il en est ainsi, nous voilà camarade. Point de cage, la poche est ouverte je te prie, tu y es tu restes, tu te veux partir, tu pars, il n’y aura rien à dire. Mais en attendant et selon la coutume des Routier Français, on partagera le repas. Tu mangeras ce que ta main contiendra. C’est justice, tu manges en fonction de ce que tu es par Dame Nature… et les jours gras, tu en prendras trois fois ! C’est dit, top là et ce qui est dit, est dit !

Pour faire juste, le Vieux Routier sortit la petite patte de l’animal, tapa comme il se doit, l’examina et lui donna et le pain et le lard. La petite bête ne se fit prier et, plus que ne le dit engloutit pain et lard.

Amusé, le Vieux Routier déclara que pour son ‘’camarade’’ c’était jour gras, et le furet mangea trois fois…

Satisfait, Jambe de Bois repris chemin et le furet la poche du manteau long des Chasseurs de Beissière…

- à la bonne vie, il te faut un nom : je te nomme Furet, Furet tu es nommé !

L’animal sortit sa petite tête… selon l’antique coutume, Furet fut dès cette heure, plus que bête… il fut Furet le Camarade de Fortune de Jambe de Bois…

- VII –


Aubernay, c’était Aubernay la destination de Jambe de Bois…

Jambe de Bois aurait pu oublier la promesse et vieillir ou mourir ; mais voilà, ce qui est dit, est dit. Jambe de Bois ne considérait déjà plus Aubernay comme la fin du voyage, mais là était l’étape où il irait se mettre en quête d’un Abbé un peu fou et totalement inconnu du mécréant routier.

Le presbytère n’était pas bien compliqué à trouver. Jambe de Bois reconnut la maison austère adossée à l’église… austère pas tout à fait. Dans le petit jardin trônait une jeune pousse de sapin, le mètre cinquante à peine, mais décoré de bric-à-brac qui lui donnait un air de fête… pas très habituel.
Des bouts de laine de couleur, des pommes de pin peintes en rouge et des petits sujets de forme animale avaient été placés par le vieil original, un bonhomme aux allures joviales qui était penché auprès du petit sapin… en fait de bonhomme c’était un Abbé et le bonhomme parlait au petit sapin.

A ne point douter, voilà mon bonhomme se dit Jambe de Bois.
Un Abbé qui parle aux arbres de la forêt peut seul avoir idée de s’entretenir avec un petit sapin et d’en être toute aise.

En effet, le vieil homme était, semble t-il du moins, en conversation avec le sapin…

- oh là l’Abbé, salut et fraternité, mon nom est Jambe de Bois, à ce que l’on m’en a conté, tu m’attends pour me confier un ‘’ce que tu sais’’ et à en croire un fantôme tout blanc, c’est moi qui doit faire ce que doit être accompli… mais je ne sais pas quoi… si tu entends quelque chose à cette farce, Jambe de Bois est ton homme

Le vieil Abbé en fut tout coi et, pour autant, pour en remontrer à l’Abbé Etienne, il fallait y mettre bonne mesure.
- le bonjour Monsieur Jambe de Bois, ainsi ‘’il’’ vous envoie à moi pour que vous fissiez ce que doit

- si fait, l’Abbé, si fait

- yo, très bien, très bien et bon choix, entrez donc Monsieur Jambe de Bois

- soit, mais l’Abbé ne me baille pas du Monsieur… ah non, je veux bien courir l’aventure sans rien en savoir, car ce qui est dit est dit, mais tu dis Jambe de Bois

- yo, Jambe de Bois entre donc chez moi, tu y es chez toi
Voila un langage qu’aime à entendre un vieux routier.

- tu m’appelleras Père Etienne, si cela te convient, c’est ainsi qu’il convient d’appeler un abbé

- c’est dit Père Etienne

L’Abbé était un peu fol disait-on à Aubernay, pas fol à lier mais particulier. Il passait son temps à flâner dans les bois, parlait aux arbres et même aux bêtes, qui semblaient, si ce n’est le comprendre, pour le moins ne point le craindre. De bonne corpulence mais point gras, l’Abbé n’avait de peine qu’un âge fort avancé, qui faisait craindre que son heure vint sans prévenir. L’on craignait fort à ne point le revoir quand, sans autre forme de procès, l’Abbé s’en allait en forêt… mais, imperturbable et sourd aux suppliques des gens du bourg, le têtu prélat allait en ses bois…

L’Abbé avait un autre talent, il était toujours au bon endroit… que l’on eut quelques peines ou de gros chagrins… l’Abbé était là. Que l’on croit au Bon dieu ou que l’on n’y croit pas, le curieux Abbé ne s’y attachait point. Père Etienne ne soignait pas les chairs - il ignorait tout des choses de sciences - mais il soignait le mal qui fait peine. Peu importe la peine, le remède était Père Etienne. Du plus dévôt au plus mécréant, tous étaient ses parents. Ainsi était l’Abbé, simple et heureux de ne point être autrement. Le plus méchant est souvent le plus à plaindre, disait l’Abbé, car il doit avoir beaucoup de peine à n’aimer aucun de ses semblables… le plus mauvais des chartiers, devenait presque bon avec l’Abbé.

Jambe de Bois qui connaissait ses semblables pour avoir vécu vingt ans d’aventures en corsaire des plaines, reconnu en l’Abbé la bonne pierre qui rend fort l’édifice humain. Le Père Etienne était du lien qui rend fort des fondations au chapeau de cheminée ; si la fraternité des hommes eut un visage… Jambe de Bois le voyait dans ce curieux Abbé qui parlait aux arbres et aux bêtes de la forêt.

La demeure du Père Etienne était fort petite, l’étable attenante - ce qui n’était pas de coutume pour un presbytère - avait, elle, une forte surface. Pour tout meuble, le Père Etienne avait une table, cinq chaises de bon bois et une armoire à vaisselle. Au premier étage était une chambre, un lit, un chevet et l’armoire du linge et des habits. Pour tout décor, un crucifix avec les rameaux séchés et, ce qui ne manqua pas de surprendre Jambe de Bois… une croix ansée.

Combien de temps Jambe de Bois resta avec l’Abbé… nul ne peut dire ; mais Jambe de Bois ressortit à nuit tombée. L’Abbé l’avait instruit de ‘’ce que doit faire’’.

En fait, l’Abbé ne savait pas grand-chose, sauf que Jambe de Bois devrait livrer un paquet soigneusement emballé et conduire un âne mais - car il y avait un ‘’mais ‘’ de taille - l’Abbé ignorait le ‘’où’’ autant que le ‘’pourquoi’’… mais pour Jambe de Bois, ce qui est dit, est dit et nul manquement ne saurait ternir la parole donnée même et, surtout, à un fantôme.

L’Abbé ajouta dans le havresac de Jambe de Bois, ledit paquet et un bon morceau de pain d’épice dont les gens du pays d’Alsace ont le secret… Furet qui dormait comme souche sortit la tête de ‘’sa’’ poche du manteau long des Chasseurs de Beissière.

Jambe de Bois et l’Abbé sortirent de la petite pièce chichement chauffée par une cheminée d’un autre âge. Ils n’eurent pas à courir bien long, l’Abbé le fit entrer dans l’étable. L’étable était inversement proportionnée à la demeure de l’abbé… vaste et d’une hauteur fort appréciable…
Au centre de ce lieu hors norme se trouvait l’âne que devait convoyer Jambe de Bois. La pauvre bête aurait pu être de la campagne d’Egypte… et plus encore. Hors d’âge eut été mots de gageure… la bête ne se tenait sur ses pattes que par magie. La pauvre carne avait le col bas et le train arrière affaissé. Les os transparaissaient sous une peau de vieux cuir.

- mais voila une bête, plus morte que vive, clama Jambe de Bois

- ne te fie pas qu’à ce que tu vois, mon Jambe de Bois ; il ira, là où tu le mèneras. Par contre, je te l’accorde, il ne peut plus rien porté, ni charge et si peu lui-même

- nous mangerons là, avant l’heure du départ dit Père Etienne ; toi moi et l’âne.

- et Furet mangera de même, s’étouffa Jambe de Bois, et Furet mangera

L’Abbé fut heureux d’entendre cela. Un vieux soldat qui avait encore un coin de cœur pour un furet… voilà qui plaisait à l’Abbé. Ce qui fut dit, fut fait et l’on mangea, mais à la manière des vieux routiers français : on mange ce que sa main contient… sauf pour Furet pour qui c’était jour gras ! - avait décidé Jambe de Bois - donc Furet en reprit trois fois.

Enfin, l’heure du départ sonna, interloqué, Jambe de Bois vit l’âne de lui-même, s’il vous plait, se mettre en ordre de marche.

- je ne peux, ni te mettre dans ma poche, ni même sur mon dos, passeras-tu seulement les feux d’Aubernay ?

- il le fera, dit l’abbé, et plus encore. Il me l’a assuré, il me l’a dit lui-même

- lui-même, que me chantes-tu là l’Abbé

- oui, car je parle aux bêtes, tout comme aux hommes

- certes, je ne suis pas à une surprise prêt depuis hier, dit Jambe de Bois ; alors tu peux aussi entendre Furet, l’Abbé… et que dit-il en ce moment l’abbé - dit avec une vilaine malice Jambe de Bois -

- il ne dit mot, mon Jambe de Bois, mais il chante une chanson que je ne connais pas, mais où l’on parle de Peuples qui s’éclairent aux feux qui consument les tyrans…

- ah le bon camarade dit tout fort Jambe de Bois, le bon compagnon que voilà… tout de même - Jambe de Bois n’en revenait pas - Furet avait appris, dans la nuit d’hier la chanson des Feux Follet du Petit Tondu -… tout de même…

- mais dis-moi l’Abbé, que mangera ton âne ? Ces bêtes ne se nourrissent point de vent… donne moi du foin pour deux jours, cela ne pèsera pas sur le dos d’un routier, j’en ai porté autrefois sur les routes pour ces braves bêtes… et celui-ci ne peut se permettre de jeûner.

L’Abbé approuva. Un peu de foin ne pèse point, il fut dit et il fut fait. L’Abbé eut même la bonne idée de mettre sur les épaules de Jambe de Bois une couverture de laine d’écosse qu’un voyageur lui avait baillé pour ses bontés.

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…ils avaient doutés, mais s’étaient battus avec courage, alors, et à l’heures dite, ils le virent… et saluèrent par une immense clameur le Soleil qui s’était levé au convenu, donnant et l’espoir et les bonnes augures…
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 1:59

- VIII –


Aubernay, 24 décembre 1823, 5 heures du soir sonnées

- Salut et Fraternité l’Abbé dit Jambe de Bois

- Salut mon bon Jambe de Bois, dit l’Abbé. Salut et à bientôt ; car ici est de ce jour ton chez toi et je te prends pour mon parent

Jambe de Bois ne se retourna point à ces mots… car un vieux Routier Français n’a pas de cœur, ni aucune larme à faire couler sur ses joues, car un vieux routier Français n’est jamais content ni satisfait, car cela lui convient de ne point être, ni content, ni satisfait… ni heureux ni malheureux… un Vieux Routier Français.

Furet, sortit sa tête de la poche du long manteau des Chasseurs de Beissière et Furet savait que même un Vieux Routier adepte de la Grogne… ça a un Cœur et des Larmes…
mais Furet ne le dirait pas plus, car Furet n’était jamais content, ni satisfait, car un furet français est bien aise de n’être jamais content ni satisfait…

Tiens, même un furet, ça peut pleurer observa l’Abbé Etienne…

Aubernay n’était plus qu’un souvenir… depuis deux bonnes heures, Jambe de Bois et son équipage avançaient tant que faire ce peut et le vieil âne ne rechignait pas… tête et arrière train bien bas. Pour couronner le tout, la neige était revenue, la neige et froid piquant. Jambe de bois avançait ‘’à forcée‘’… mais l’âne montrait des signes de faiblesse. Jambe de Bois regarda le corps décharné de la courageuse bête… qu’il menait à l’instinct, comptant sur la bonne fortune pour lui indiquer le chemin… et la bonne fortune se faisait désirer. Le pauvre vieil âne était transpercé par le froid ; on en était à ‘’marche ou crève‘’. Jambe de Bois se rappela de la couverture en laine d’écosse… elle ne me fera pas trop défaut, et lui, il va en crever de ce froid - pensa Jambe de Bois -, alors il fit ni une ni deux. Il fixa sur les os de l’âne la grande couverture de laine d’écosse. Avec cela, l’âne gardera le peu de chaleur qui lui permettra - peut-être - de survivre à cette aventure.

A défaut de le sauver, la couverture lui donnera quelques réconforts. L’âne comprit-il ou pas… mais l’âne marcha mieux.
Jambe de Bois connaissait ce type de marche au froid et, comme la veille, Jambe de Bois chercha et trouva la forêt des grands sapins.

Arrivé en lisière du bois, la fortune sourit enfin à l’hétéroclite équipage… un bon chemin, creux et abrité de l’abominable vent de l’hiver… Jambe de Bois s’y engagea du bon pas ; mais, la nuit - que dis-je ? les ténèbres les plus profondes - enveloppa la troupe de Jambe de Bois. Il n’y avait que deux choix, foncer dans les ténèbres ou périr de froid. Pour Jambe de Bois, l’échec n’est pas une solution… alors en avant.

Combien de temps, combien de pas… même pour le Vieux Soldat cela faisait mystère, mais toujours un pas de mieux. Enfin et en plein chemin, il y eut tout d’abord une petite lueur… et les ténèbres se déchirèrent. Le Diable lui-même venait de rendre raison et la dite lumière, toute petite lumière… fut enfin visible et reconnaissable à un vieux corsaire des plaines... l’Etoile du Nord, c’était cette bonne vieille Etoile du Nord.

- regarde Furet, regarde donc c’est notre étoile, elle va nous conduire là où l’on doit se rendre tous trois

Pourquoi Jambe de Bois avait dit cela… il ne le savait pas, pourquoi et comment Jambe de Bois avait trouvé la voie… il ne le savait pas plus.

- tu nous as sauvé, dit Furet, tu nous as sauvé Jambe de Bois, vive Jambe de Bois !

- tu en avais donc douté, dit l’âne

Lui, Jambe de Bois resta sans voix, Furet et l’âne parlaient et lui, lui Jambe de Bois, les entendait…

Furet repris la parole :

- il est onze heures sonnées Jambe de Bois et la nuit de Noël, de onze heures à l’heure du matin, à nous les animaux, la Nature ou Dieu si tu veux, nous donne la parole…

L’Etoile du Nord se mit à briller comme mille feux et Jambe de Bois reprit le chemin, chemin qu’à défaut de connaître, il devinait.

Le chemin creux était encore long et le froid ne lasserait pas ; alors Jambe de Bois repris le bon pas.

- en avant camarades, en avant pour vivre et faire ce que l’on doit

- soit béni pour la couverture lui dit l’âne

- soit béni pour m’avoir garder en vie dit Furet

- pas de pleurnicheries, dit sans conviction Jambe de Bois, et en avant droit devant

Furet chauffait la hanche de Jambe de Bois et de la hanche, Jambe de Bois n’en souffrait pas. Jambe de Bois portait sur son dos le foin de l’âne et le foin chauffait le dos de Jambe de Bois… et Jambe de Bois chauffait le cœur de l’âne et du furet…

Le Fantôme Blanc était satisfait… et brillait de mille feux là-haut, tout là-haut, dans le ciel bien bleu profond, d’une belle nuit de l’hiver du pays d’Alsace. Mais son compère, le Spectre Noir n’avait pas dit son dernier mot… et, embusqué, le Spectre guettait la troupe de Jambe de Bois…
- IX -


Jambe de bois et son équipage arrivèrent à la croisée de chemins et, au beau milieu du chemin, était un vieux poteau sans rien dessus, si ce n’est un vilain oiseau, un corbeau tout noir…

- halte, dit l’oiseau couleur de ténèbre, halte et écoute le choix que je te propose...

Le vilain oiseau pour petit qu’il était couvrit tout en entier la lumière de l’Etoile du Nord. Une lumière se mit à irradier de l’autour de l’oiseau ; une lumière certes, mais une lumière sombre qui, pour permettre la vue de toutes choses, sembla entraîner le ‘’tout autour’’ dans un univers de mauvais augure.
Jambe de Bois eut son instinct en alerte, tout son corps était -comme jour de bataille - en une sorte d’éveil de conservation. Furet sortit et grimpa de ses pattes griffues sur l’épaule de Jambe de Bois, le petit animal se recroquevilla - comme prêt à sauter - et feula, gueule grande ouverte montrant de petites dents pointues. L’âne tout vieux qu’il fut se mit auprès de Jambe de Bois mais en marchant par le travers, ce qui n’augure rien de bon quand ces animaux font ainsi…
La ‘’troupe’’ de Jambe de Bois s’était mise en ordre de bataille…

- et bien, en voila des manières, dit l’oiseau sur le poteau, c’est ainsi que l’on répond à celui qui va donner un choix

- personne ne t’a fait de tort, dit Jambe de Bois. Parle ! et fait promptement et sans nous tendre quelques malices ou il t’en cuirait et peu importe ce qui adviendrait, il t’en cuirait de méchante manière en tout premier

- eh bien, dit l’oiseau, me voila prévenu, et bien prévenu ; maintenant que tu m’as ainsi invectivé tu dois m’entendre car je suis au travers des chemins. Tu iras où tu choisiras ; mais tu devras faire un choix, ton choix.

La lumière de l’oiseau avait tout envahi et si tout y était distinct, l’Etoile du Nord en était devenue toute terne… visible, mais comme éteinte. Jambe de Bois n’aimait point cela, cela ne disait rien qui vaille au vieux Soldat. Le ciel d’un joli bleu de nuit, parsemé des éclats de lumière scintillante s’était transmuté en un ciel absent, du moins d’un ciel noir profond, presque absent. La lumière irradiante de l’oiseau en était pesante, étouffante et pour le moins fort désagréable…

- parles ! Mauvaise augure, que l’on en finisse de tes diableries, dit Jambe de bois qui retint Furet qui allait bondir avec la ferme intention de saigner l’oiseau.

- diablerie, le vilain mot, dit l’oiseau, pas de diablerie, mais au contraire je vais t’exposer tes choix et tu choisiras bien librement et sans contrainte d’aucune manière. Quoi de plus loyal que mon dessein, nul ne te contraindra, tu feras très librement ton choix…

Jambe de Bois ne dit rien de mieux. Furet, lui, aurait aimé en faire un repas ou du moins lui trancher le col d’un bon coup de sa mâchoire de veneur.

L’oiseau repris son discours…

- coureur des plaines, entend bien ce que j’ai à te dire, car je ne répèterai point et l’enjeu pour toi est d’importance. Te voila à la croisée de chemins, l’un à gauche te mènera à toute fortune d’argent et de biens - disant l’oiseau déploya son aile gauche -

Un chemin creux, par la lumière de l’oiseau, creva les ténèbres et l’on distingua une voie sans neige, avec un lit de mousse pour tout pavage. Cela eut dû être agréable de cheminer là….

- coureur des plaines, reprit l’oiseau, l’autre chemin sur ta droite te mènera à toute renommée, toute gloire et les plus grands s’inclineront devant toi ; ta renommée n’aura pas de frontière, tu seras admiré et respecté par delà toutes les mers et par delà toutes les plus hautes des montagnes de la terre

Disant, l’oiseau déploya son aile droite et s’éclaira de mille feux sortis de l’abîme un chemin sans neige et pavé d’or et parsemé de lauriers…

- fais ton choix dans l’instant, ordonna l’oiseau, et librement tu repartiras quelque soit ton choix, et tu emporteras ton âne et le triste sir juché sur ton épaule

Furet feula furieusement mais ne bougea d’aucune manière…

- tu oublies un choix, grogna Jambe de Bois, si moi, je décide d’aller droit, tout droit de mon chemin, qu’adviendra t’il ?

- tout droit de ton chemin, c’est la mort que tu trouveras à ta fin, dit l’oiseau qui pouvait beaucoup, mais point mentir, la mort te dis-je

Le vilain oiseau tourna le col et montra d’un jeté de bec le chemin creux et froid ; mais se faisant sa lumière s’effaça et c’est l’éclat de l’Etoile du Nord qui reprit, oh, brièvement, très brièvement son bel éclat…

Vivement l’oiseau se retourna et sa lumière de trépas repris tous les droits.

- Jambe de Bois a dit, Jambe de Bois fera. Pousse toi de devant ma voie, car je passe ou je force mais c’est tout droit que je vais

Jambe de Bois fit ce qu’il avait dit et il traversa et le poteau et l’oiseau… la lumière de ténèbre sembla exploser, oiseau et poteau disparurent. La nuit bleue, froide mais belle et claire d’Alsace reprit ses droits. L’éclat puissant de l’Etoile du Nord éclaira le ciel d’un bleu magique le ciel d’Alsace où se détachaient les grands sapins couverts de neige… c’était tant beau que grand…

- dis moi Jambe de Bois, explique moi ton choix, demanda Furet.

Furet était fort surpris de voir son compagnon refuser renommée et fortune pour courir à sa mort. Pourtant l’instinct de Furet avait repoussé l’oiseau ; mais Furet ne comprenait pas…

- dis moi, mon Petit Ami, que crois-tu qu’il advienne quand l’on a fini de vivre ?

Furet ouvrit grand ses yeux en amande… bien évidemment, Furet venait de comprendre l’évidence…

- ah, je crois que tu entends mon curieux choix Furet. La mort, certes, mais la mienne et par ma vie, avec ce que je suis ; sans ne rien prendre, que ce qui m’est dû. Si je dois avoir fortune, qu’elle fut par moi et par mérite, et non par vilénie ; que l’on fit de moi un homme de renom par maliceries, ah non… que je sois, qui je suis ; et non qui je voudrais être… tout est là

Furet, se servait de la Raison, et, en se servant de la Raison… Furet devint plus qu’une bête…

L’âne lui, ne dit mot… mais l’âne ne traînait plus le pas. Sans doute la bonne chaleur de la couverture de laine d’écosse… sans doute… sans doute.

Le chemin se mit à grimper ; ce qui n’était pas grave en soit ; mais qui inquiétait Jambe de Bois quant à l’âne. Jambe de Bois se retourna discrètement… l’âne marchait du bon pas.

Le chemin eut un haut, puis redescendit pour mieux monter… l’âne marchait toujours du bon pas. Le chemin grimpa encore et encore… Jambe de Bois ne souffrait pas de sa hanche, pourtant furet était resté sur l’épaule du vieux routier et l’âne marchait comme un brave…
Jambe de Bois ne quittait pas l’Etoile du regard… et l’Etoile sembla grandir, la lumière enfla et la troupe de Jambe de Bois marchait presque dans la Lumière de l’Etoile du Nord… C’est alors que Jambe de Bois pris conscience qu’il n’avait plus froid… il n’y avait plus de froid et la Lumière de l’Etoile du Nord prit un éclat qu’aucun routier, et ni femme ni homme n’eut simplement soupçonné… en fait, et sans en avoir seulement conscience, Jambe de Bois et ses compagnons venaient d’entrer, de pénétrer serait plus juste de dire, dans la Lumière de l’Etoile du Nord…

Du froid, il y eut le frais ; de neige il eut du….

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…ils avaient doutés, mais s’étaient battus avec courage, alors, et à l’heures dite, ils le virent… et saluèrent par une immense clameur le Soleil qui s’était levé au convenu, donnant et l’espoir et les bonnes augures…
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 2:04

… du sable chaud, comme au pays d’Egypte.

Jambe de Bois y enfonça sa jambe de buis et serait tombé le nez dans le sable si l’âne promptement ne lui eut servit d’appui. Belle prouesse, se dit Jambe de bois, pour un si vieil animal, de venir au convenu.

- eh bien camarade, nul n’est sans servir, aussi vieux fut-il. Me voilà qui te doit un merci… mais dis-moi l’âne à qui dois-je dire le merci ? je ne connais même pas ton nom, et en as-tu un au moins ?

- Martin, répondit l’âne, mon nom est Martin, comme tous les Ânes

-et bien Martin, je te dois l’économie d’une bonne gamelle

Jambe de Bois, en bon routier, observa le Ciel et le Ciel avait changé. Non point dans sa belle couleur bleu, mais les étoiles n’étaient plus en même endroit…. Et l’Etoile du Nord était à main droite en lieu de main gauche. Nous ne sommes plus en Alsace dit tout haut Jambe de Bois !

Pour sur qu’ils n’étaient plus en Alsace de 1823, la Lune brillait plus haut et l’Etoile du Nord avait changé de cap et la multitude des scintillantes s’était égaillée en leur bon vouloir… Jambe de Bois connaissait, sans connaître ce paysage, l’Egypte sans être l’Egypte, un pays sous le même ciel que l’Egypte.

- que faisons-nous maintenant Jambe de Bois ? dit Furet

Jambe de Bois chercha le nez en l’air et s’écria

- on suit l’Etoile mes compagnons, on suit l’Etoile que voilà

Furet, le nez de même vit l’Etoile et Martin de même.
L’équipage de Jambe de Bois reprit le bon pas sauf pour Jambe de Bois qui peinait dans les Sables chauds…

- appuis-toi sur moi, dit Martin à Jambe de Bois

- tu n’y songes point mon ami, tu ne peux qu’à grand peine traîner ton échine de vieil âne, et je pèse mon poids

- regardes moi Jambe de Bois, regardes moi bien

Jambe de Bois fit halte et regarda Martin… Jambe de Bois en fut tout coi ! le vieil âne, la pauvre carne à qui il avait donné la couverture de laine d’écosse pour lui donner chance d’aller jusqu’où doit, se tenait tout droit, tête et train arrière. Jambe de Bois regardait Martin, l’on eut dit l’une de ces puissantes bêtes qui portaient les canons de l’armée d’Italie au col du Saint Bernard. Martin avait retrouvé la jeunesse… tout est donc possible en temps de la Noël se dit Jambe de Bois, tout y est donc possible.

- Monte vivement sur mon dos, dit Martin à Jambe de Bois, le temps nous presse. Le chemin est presque achevé… mais pas tout à fait.

Jambe de Bois s’exécuta et c’est sur le dos de l’Âne Martin que Jambe de Bois et Furet, bien sûr, finiraient le chemin.

Depuis combien de temps Martin conduisait Furet et Jambe de Bois… aucune idée, mais l’Etoile semblait s’être fixée dans l’azur des nuits, au côté de l’Astre de Nuits et l’Etoile brillait de ses mille feux.

Soudain, le Vilain du Malin qui n’avait point renoncé, en serpent des sables grimé et habillement embusqué tenta la dernière chance de remporter la victoire. A bonne portée, le Serpent bondit vers le jarret de Martin.
Jambe de Bois qui somnolait sur l’Âne fut brusquement éveillé par un avertissement dont il ne put deviner la source.

- prends garde à ton protégé soldat, car l’on meurt aussi dans la seconde vie

L’instinct du routier fit merveille et le regard aiguisé d’un ‘’trompe la mort de la Grande Armée’’ vit le serpent en plein en son attaque. Jambe de Bois interposa sa jambe de buis entre crocs à venin et la vie de Martin. Le Serpent mordit à pleine dents le buis… comprit la ruse et rebondit vers le train arrière de Martin. S’en est fini, pleura Jambe de Bois, je ne puis me mouvoir assez promptement pour parer ce coup. C’était sans compter sans la vélocité de Furet… gueule et pattes ouvertes tous poils hérissés, c’est un ‘’triple furet’’ qui bondit au bas du col du serpent… vif comme la foudre, Furet venait de saisir le serpent et le mordre de toute la force de tous les furets de part les mondes. A ce coup de force, le serpent sembla exploser… en fait il disparut tout bonnement.

- Austerlitz, c’est Austerlitz, hurlait Jambe de bois qui avait cru tout l’affaire perdue, et c’est furet, mon Furet à moi, qui a vaincu

Si un âne peut sourire ... c’est ce que fit Martin à ce moment là

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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 2:05

XI -


Le Fantôme Blanc, Michel ou Hermès ou Toth et peu importe le nom qu’on lui donna, se surprit à être gagné par la joie des trois compères…

Jambe de Bois riait dans le sable où il avait versé dans sa joie. Furet se tenait droit et fier comme un Gros Frère d’Autefeuille. La victoire avait souri à eux et c’est lui, petit animal, qui avait emporté la décision.

Lucifer, au coté de Michel, faisait grise mine…

- tu joues de bonne fortune, Michel, mais j’ai encore un dernier tour dans mon sac… ton âne y sera, peut-être ; mais quand sera t-il quand mon équipage les joindra…

-je n’ai, remarque-le Porteur de Lumière, rien fait pour nuire à ton bœuf

Lucifer riait sous cape, car pour le bœuf, comme pour l’âne était aussi un équipage et le Malin fut bien malin dans son choix… le bonhomme n’était point méchant et la bête non plus. La bête était un gros chat… et le bonhomme un Hongrois.


- XII -


Jambe de Bois décida la halte, l’Etoile brillait mais s’était arrêtée et Jambe de Bois compris que le chemin prenait fin… le chemin mais quelque chose disait à Jambe de bois que tout n’était pas dit… ni écrit, ni gravé dans le marbre.

Michel regardait Lucifer et Lucifer ne dit mot. Pourtant les deux compères ennemis devisaient tout le temps qu’ils passaient ensemble. Michel n’était pas inquiet, il avait toujours eu raison de l’Egaré. L’ange rebelle était trop absorbé par ses passions pour peser dans une lutte millénaire et perdue d’avance. Son champion devait receler quelques malices ou devait déclencher, même sans en avoir conscience, quelques vilains tours à la manière du Porteur de Lumière…

Jambe de Bois sortit de son sac le pain restant, le lard et, bien entendu, le pain d’épice que lui avait remis l’Abbé d’Aubernay.
Le petit tonnelet d’eau de vie de pomme et sa pipe à foyer de faïence à feu. Le vieux routier allait faire le partage du repas quand… sorti de nul part il vit un particulier menant un bœuf et affublé d’un gros chat venir vers lui.

- halte là, donnes ton nom, ton intention et ta destination

- je suis le Hongrois, je mène ce bœuf mais je ne sais point où

- bien, je me nomme Jambe de bois, je mène cet âne et comme toi ne sais pas où

- puis-je venir à vous, dit le Hongrois

- viens au bivouac, je vais y faire le feu, je n’ai pas grand-chose… on partagera

- selon la coutume des routiers ? demanda le Hongrois

- si fait, tu mangeras ce que ta main contiendra, dit Jambe de Bois

- j’ai quelques provisions, on partagera, ajouta le Hongrois ; mais je veux que mon chat en soit

- ton chat en sera comme mon Furet en est, répondit Jambe de Bois

- alors, ça me va, dit le Hongrois

Il faisait bien sombre et ni Jambe de Bois ni le Hongrois ne distinguaient tous les détails de leurs apparences. Le feu y mit bon ordre… et chacun vit chacun. Seul l’âne et le bœuf semblaient ne point attacher grande importance à tout cela.

Le Hongrois reconnut le premier le vieil uniforme de Jambe de Bois. Un Français se dit-il, un Français en bleu… Jambe de Bois reconnut de même l’uniforme blanc des Autrichiens.

Lucifer soutint encore plus son attention et Michel comprit la ruse du Malin… en un tournemain, le Porteur de Lumière, du tréfonds de l’oubli, fit réapparaître les vieux attributs du soldat : pour Jambe de Bois ce fut son sabre briquet, tout court mais fort large et fort tranchant, une arme pour l’assaut… le Hongrois, lui, retrouva son sabre droit des artilleurs de l’Empereur d’Autriche.

Lucifer goûtait, avec professionnalisme et délectation, le résultat de son bon tour de diable malin. Comment, et armés de leurs armes de prédilection, allaient réagir deux vieux ennemis…

Michel en eut un terrible frisson d’effroi ; les deux hommes, eux regardaient ce mystère les yeux écarquillés.

Jambe de Bois saisit le sabre briquet, le Hongrois prit son sabre droit… Furet lorgnait le chat, le chat du coin d’un œil faussement fermé observait le furet…

- ben ça par exemple, regarde cela camarade, mon briquet de l’an XIII dit Jambe de Bois

- et regarde ce que je viens de trouver, ce sabre droit était à moi

Le Hongrois saisit le sabre droit et… attisa le feu avec. Jambe de bois faisait des moulinets avec son briquet…

- regarde Hongrois, j’ai encore la manière

- ne me le mets pas dans l’œil vieil adroit, dit le Hongrois

Cela eut pour résultat de faire rire Jambe de Bois, ronronner le chat et Furet se rendormit…

Michel sourit à Lucifer

- tu as mal choisi ton gars, Porteur de Lumière… aussi mal que je me réjouis de mon choix

- attends et patiente, tout n’est pas encore dit, clama rageusement Lucifer

Pendant ce temps, sur le sable chaud, au bivouac des Braves le repas se faisait et, selon la coutume des routiers, chacun mangea ce que sa main contint et donc à sa faim.

Lucifer, poussé au dernier retranchement, vint lui-même au bivouac, sous forme d’un devin du pays des mahométans.

- la bonne aventure effendis ? dit le malin

Michel observait sans mot dire, mais quand même bien inquiet.

- que chantes-tu là bonhomme, dit Jambe de Bois

- je peux, si tel est votre désir vous lire l’avenir dans le feu qui danse

- encore toi, dit le Hongrois, j’ai mené le bœuf comme promis, que veux-tu encore me tourmenter avec tes boniments ?

Sans dire mot, le Malin fit apparaître dans le feu une scène de la vie d’autrefois. Tant Jambe de Bois, que le Hongrois reconnurent sur le champ et le jour et le lieu…

Dans le feu, se déroulaient, par malice, les mannes de la bataille d’Ulm. Jambe de bois s’y vit avec ses deux jambes ; horrifié il vit le boulet de fonte cracher par le canon et fondre sur lui et prendre sa jambe, du dessous du genoux, il se vit tomber en hurlant de douleur… il vit Dominique Larrey couper ce qui restait de chairs, ligaturer et cautériser à la poudre noire… sa jambe lui sembla encore souffrir de ce jour… Le Hongrois, lui était tout roide d’effroi…

Il y eut la bonne demi-heure de silence... puis comme s'il n'y avait eu aucun silence, le Hongrois, la voix lourde d'émotion... s'adressa à Jambe de Bois

- camarade, l’artilleur que tu as vu… c’était moi, moi le Hongrois, c’est moi qui ai mis le boulet de fonte dans le bouche à feu… c’est moi qui ai mis le feu avec le boutefeu… Ta jambe, c’est moi qui te l’ai pris, à Ulm avec mon canon

Lucifer retint son souffle de souffre ; Michel resta immobile tout allait se jouer là… en un seul instant ; Lucifer et Michel regardaient Jambe de Bois…

- et bien, le Hongrois, tu ne vas pas y aller de ta larme des fois ; que crois-tu que j’eusse fait, moi qui n’était pas Jambe de bois, si tu étais passé devant ma baïonnette… je t’aurais embroché comme une oie… tout en blanc que tu étais.


Le Hongrois fixait Jambe de Bois droit dans les yeux et des yeux bleus du Hongrois des larmes coulaient…

- c’était la guerre, tête de pioche, et encore à Ulm j’étais volontaire ; et toi, étais-tu partisan des rois…

Jambe de bois souriait, car il connaissait la réponse…

Le Hongrois était homme de Cœur et Jambe de Bois en la seconde de la farce du Malin le sut…

- cornecul ! Que l’on me pende, je dirais presque merci à ce triste sir, clama Jambe de Bois

Michel en sursauta, Lucifer de même…

- merci et pourquoi s’il vous plait, demanda le Malin

- j’ai percé à jour ton dessein, mauvais sir, tu voulais nous voir nous occire par rancune. Mais mon bon vilain, tu connais donc bien mal l’âme des humains. Tu voulais pourtant me l’acheter dans les bois d’Alsace…

Nul diable ne fut autant déconfit que le sieur Lucifer en ce jour, nul archange ne fut aise que Michel en la même heure.

- tu as donc pardonné, Jambe de Bois ? demanda Michel à son champion

- non monsieur, Jambe de bois ne pardonne pas, car Jambe de Bois n’a rien à pardonner ; le Hongrois ne m’a point fait offense ; il m’a juste arraché la jambe ; mais je l’aurais tué tout net ce jour si j’avais pu ; alors tu vois Fantôme Blanc, Jambe de Bois, n’a rien à pardonner. De plus, l’aventure que je vis depuis mon retour en pays d’Aubernay me baille de tant de bonheurs. Sans toi, je mourais le nez dans la neige et furet avec moi, sans toi je n’aurais point de famille et ce jour l’Abbé Etienne me tient pour sien. Sans l’autre Fantôme tout noir, je n’aurais jamais rencontré le Hongrois au gros chat, cela vaut bien une jambe en buis…

Jambe de bois riait, non point pour railler ou se gausser, Jambe de Bois mesurait le bonheur nouveau…

- et toi Hongrois, as-tu retrouvé quelques parents dans l’histoire ?

Mais le Hongrois resta muet…

- non, il est seul en ce monde, si ce n’est son gros chat, dit Lucifer

Michel regarda le Porteur de Lumière, et lui dit :

- Ainsi, même toi, Lucifer, l’ange Rebelle tu peux avoir un mouvement de compassion…

Ni Lucifer, ni Michel n’entendaient rien à ce qui se passait, le Déchu et le Loyal se regardaient interdits… toi aussi, tu seras racheté dit sans préambule Michel. Et les deux Archanges s’évanouirent dans la nuit bleue du désert…

Jambe de Bois et le Hongrois étaient dépassés par ce qu’ils venaient de voir et d’entendre… les deux vieux soldat ennemis et réconciliés avaient donné l’espoir à ce qui ne pouvait être.

Combien de temps les deux frères d’aventures rêvèrent devant le feu… combien de temps ? Mais le temps ici n’était que principe sans fondement. Enfin, ce qu’ils étaient venus accomplir se fit comme il se doit. L’étoile brilla plus et plus encore…



- XIII -


L’âne et le bœuf se mirent en marche et passèrent du même pas en la Lumière de l’Etoile. Un homme en ressortit et vint vers Jambe de Bois.

- si j’en crois ce qui est écrit, toi qui te nommes comme moi, tu as quelque chose pour moi

- tu t’appelles Jambe de Bois ? demanda le vieux soldat

- Balthazar, mon nom est Balthazar tout comme toi

Bigre, se dit Jambe de Bois, voilà bien longtemps que l’on ne m’a nommé ainsi. C’est le nom que lui avait donné le prélat qui l’avait baptisé au temps où la France n’était encore point une Nation ; mais le fait d’un roi.

Balthazar… depuis Balthazar était devenu un homme libre et l’homme libre était bien plus Jambe de Bois le coureur des plaines que l’enfant recueilli par la charité d’un prélat. Tout ceci était fort loin… l’hospice des enfants, la ferme du maître, la conscription… puis le soldat engagé dans les nouveaux idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité… liberté pour les mondes, et la fraternité pour les hommes…

- et bien ? repris le personnage d’outre lumière, n’as-tu rien pour moi ?

-si fait sieur Balthazar, à n’en point douter, dit Jambe de Bois en tirant de son havresac le paquet que l’abbé lui avait confié. Ne serait-ce point ceci ?

- à bonheur, tout peut s’accomplir. Je n’aurai pas les mains vides ; sais-tu seulement de quoi il s’agit ?

- d’affaires qui vous regardent et d’une parole que j’honore à un vieil Abbé qui est de mes parents

- tu ignores donc ce que tu as convoyé et pourquoi, s’étonna l’homme d’outre lumière

- absolument

- ignores-tu que là est grande fortune, pour qui saurait habillement le négocier

- si fait, bien je m’en doutais un peu, monsieur ; mais ce qui est dit, est dit ; et, Jambe de Bois n’a qu’une parole.

Le personnage d’outre lumière s’en retourna et se dirigea, avec je ne sais quelle majesté dans le pas, vers la Lumière qui l’avait mené à Jambe de Bois…

Jambe de Bois et ses Compagnons observèrent le personnage s’en aller… quand, mettant point d’arrêt, le personnage se ravisa et s’en revint vers Jambe de Bois.

- il ne serait point juste que je te laisse à ton retour sans autre forme que cela ; tu as bravé bien des affaires dont l’issue n’était pas d’évidence… je t’accorde un souhait, un seul réfléchit bien, avant que tu ne prennes le chemin de ton retour.

- un souhait dis-tu ; je ne souhaite et n’envie rien… ni fortune ni quoi que ce fut ; si j’avais un vœux à faire, ce serait de ramener chez moi, à Aubernay, mais si tel était son choix mon Ami le Hongrois, lui et son gros chat. Lucifer m’a dit soi-même que ce vieux brave n’avait ni toit, ni parent ; alors s’il le souhaitait il deviendrait le mien… et celui de l’Abbé, qui ne trouvera rien à y redire… l’est brave l’Abbé, un peu fou, mais bien brave…

Interdit le personnage d’outre Lumière regardait Jambe de Bois…


- et bien qu’il en soit ainsi, si ton compagnon y consent, les portes du retour lui seront ouvertes avec toi

Le personnage d’outre Lumière traversa la lumière… mais alors qu’il disparaissait dans la clarté …

- ton chemin de retour te réserve une surprise… mais une surprise de joie, cette fois

La Lumière ne fut plus… et mon amie, l’Etoile, réapparut … par quelle merveille d’un autre coté…

- alors Hongrois, l’Etoile nous appelle pour le chemin de retour ; qu’en dis-tu mon Frère es-tu partant pour venir dîner à Aubernay avant minuit pour ce Noël

- ce que j’en dis ; mais j’en suis mon Frère, j’en suis moi et mon gros chat… à Aubernay pour la noël, à Aubernay

Furet était dans sa poche, celle du manteau long des Chasseurs de Beissière ; alors comme tout était fin prêt, Jambe de Bois donna le départ. Le Hongrois, Jambe de Bois, le gros Chat et Furet s’en retourneraient pour la Noël d’Aubernay. Ils y dîneraient avec l’Abbé qui parle aux arbres et aux animaux de la forêt… une dernière pensée pour Martin et le bœuf qui étaient entrés en la Lumière. Jambe de Bois avait discrètement mis sur le dos de l’âne le foin de son repas… on ne se refait pas.

L’Etoile souriait de mille scintillements aux compagnons de l’impossible aventure, la route vers Aubernay avait des allures de retour de victoire… une victoire où tous y étaient vainqueurs.

Jambe de Bois en vieux routier espérait que la route de retour serait moins rude, les provisions étaient à conjuguer à l’imparfait et le chemin tirerait les ventres creux… mais qu’importe Aubernay les accueillerait comme il se doit.

_________________
…ils avaient doutés, mais s’étaient battus avec courage, alors, et à l’heures dite, ils le virent… et saluèrent par une immense clameur le Soleil qui s’était levé au convenu, donnant et l’espoir et les bonnes augures…
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 2:05

- XIV -


Comme il était à prévoir, la Lumière de l’Etoile descendit, il faudrait retourner de la fraîcheur des nuits du désert à la froidure du décembre alsacien… la lumière léchait déjà la cime des dunes quand, se détachant de la nuit, plus sombre, se découpa les contours d’une tente de bédouin. Jambe de Bois avait, autrefois, en pays d’Egypte, rencontré ces tentes de toile.

- vois-tu Hongrois, c’est là une tente de bédouins. Ces gens du désert ont l’hospitalité qui coule dans leurs veines. Nous y ferons halte et nous aurons droit à du thé de chez eux, et peut-être même quelques fruits

Sur ce, la petite troupe se dirigea vers la tente qui se découpait sur le ciel bleu du désert. Devant et semblant les attendre, un homme vêtu à l’orientale les accueillit, comme s’il les attendait.

- bien venu à Jambe de Bois, des Chasseurs à pieds et au Hongrois son Frère, dit l’homme d’Orient. Je suis Abdul fils d’Omar.

- salut et fraternité Abdul, je suis Jambe de Bois fils du pays de France, mais de père inconnu et voila le Hongrois fils du pays qu’indique son nom et lui aussi sans lignée connue

-entrez dans la tente d’Abdul, je vous attendais et j’ai pour vous deux présents pour que vous en fassiez bon usage… ce dont moi, Abdul fils de Omar, n’a aucun doute.

Jambe de Bois et le Hongrois entrèrent dans la tente d’Abdul le fils d’Omar…

Eclairée par des lampes à huile, dont les gens du désert excellent à la fabrication, la tente d’Abdul fils de Omar était vaste et richement décorée de tissus de Damas et, à même le sol, se trouvaient des plateaux de roseaux du Nil tressés contenant des fruits du pays d’Orient... le tout couvrait une belle partie de la tente d'Abdul fils de Omar. Enfin, et pour faire bonne mesure, des coussins à la mode des Ottomans couvraient le reste du sol de la tente.

Abdul fils de Omar fit asseoir Jambe de Bois et le Hongrois avec son gros chat. Furet vint trôner sur l’épaule de Jambe de Bois… une odeur de thé et de café à la mode des ottomans régnait dans la tente d’Abdul fils de Omar… on servit les hôtes d’Abdul fils d’Omar comme de vrais princes… puis sans crier gare Abdul fils d’Omar dit :

- Jambe de Bois, la joie est dans ma tente et sur les miens. Béni sois-tu, et béni soit le Très Haut de t’avoir mené en ma tente

-merci, Abdul fils d’Omar, mais ne fais-tu point confusion de personne. Je ne suis pas un grand de ce monde, ni même quelque héros, je ne suis que Jambe de Bois, et voila mon ami et Frère Hongrois

- ne dis pas, ce que tu n’entends pas, dit tout sourire Abdul fils de Omar, tu es Jambe de Bois routier au Chasseurs à pied

- certes, enfin pour dire vraie Abdul fils d’Omar, je ne suis plus que Jambe de Bois à la Demi-solde que l’on ne me baille même plus

- regardes mon brave Jambe de Bois, regardes qui est là bas

Dans un coin de la tente que mes yeux n’avaient point exploré je distinguais une silhouette d’homme vêtue à l’orientale… le bonhomme me sembla de connaissance. On eut dit, mais cela ne se pouvait car le seul dont j’eus fait connaissance était resté dans la terre de Vilnia, en pays Baltes, où je l’avais mis, et moi-même, dans le creux de la terre pour qu’il y reposa en paix et à la coutume des siens… cela ne se pouvait…


- XV -


Jambe de Bois, qui n’en était plus à une merveille près, en vacilla et teint à peine sur sa jambe en buis et c’est le Hongrois qui le soutint… Jambe de Bois reconnut de suite l’infortuné Mostafa le Mameluk de la Bérézina. Mostafa au temps des Aigles fut un des fiers cavaliers de Beissière, mais le froid des russes eut raison de son cheval arabe tout noir d’Egypte. Mostafa avait tenu et marché dans le froid tant que faire ce peut… mais Mostafa n’eut pas la force d’aller au bout du pont, que les sapeurs avaient, au prix de leur temps non écoulé, jeté sur la mauvaise et glaciale Bérézina, qui par un destin cruel n’était point gelée, comme à l’habitude en ces jours. Mostafa était tombé en travers du pont de bois mobile fixé sur de petits bateaux, eux-mêmes en bois. Mostafa ne put retenir sa tête qui s’enfonça dans les eaux froides de la Berezina… Mostafa allait mourir là, sans sépulture et sans la prière des mahométans.
Mostafa la tête dans l’eau craignait de ne point rejoindre le Très Haut… sans sépulture et sans la prière… mais un bras de grande vigueur le saisit. C’était un Chasseur à pied, qui tout transi et clopinant sur une jambe en buis l’avait ainsi saisi…

- mais,... tu vis encore camarade ?

Mostafa ne répondit point. Mostafa était presque mort, mais ses yeux bougèrent et la rétine soumise à nouveau à la lumière se rétrécit…

- tu n’es pas mort camarade et même si tu n’es pas loin des Champs Elysées, là où vont dormir les Braves…. parole de Jambe de Bois, tu ne mourras pas là, la face dans les eaux glaciale de la Berezina

A grande peine Jambe de Bois traîna Mostafa, par le bras, par le col et même sur son dos ; mais ce qui est dit, est dit… et un Brave ne doit pas mourir ainsi, la face dans ces eaux maudites, si un camarade peut l’en soustraire. Le peu qui restait à marcher sur le pont de fortune de la Volga fut une tourmente pour Jambe de Bois qui traînait un presque cadavre.
Le chemin dura une éternité… mais il eut une fin et, sur l’autre rive de la Bérézina, Jambe de Bois put enfin souffler… Mostafa avait eu la délicatesse de ne point passer de suite.

Béni des dieux de sa Vieille Egypte, Jambe de Bois était, sans même s’en être rendu compte, rendu là où l’on attendait les Braves qui avaient survécu au terrible hiver des russes… un feu, un bon feu de bivouac.

- qui vive ? demanda le soldat de la Ligne en faction

- Jambe de Bois du premier Chasseur de la Garde et un Mamelouk de Beissière qui n’a pas encore franchi la porte d’Occident, mais peu s’en faut

- viens crocher à mon Feu de bois, camarade, dit le soldat de la Ligne. Tu y prendras un peu de repos et de chaleur, puis tu suivras le chemin. Il y a des panneaux pour rejoindre les tiens… Il se tut un instant… et que ferons-nous de ton Mamelouk ?

- il lui faut une sépulture s’il passe, ces Braves là ne craignent point le trépas, mais ils redoute à ne point gire comme il se doit, selon leurs coutumes

Mostafa repris un peu de connaissance au contact du feu de bois, mais pour le seul au revoir…

Jambe de Bois lui souriait… Jambe de Bois savait que le temps du Mamelouk de Beissière était compté. Mostafa lui saisit l’avant bras et lui dit :

- merci, par le Très Haut. Merci camarade, soit remercié je suis Mostafa fils de Abdul et je vais partir…

Mostafa eut une tressaut de corps, mais Mostafa ne passa point.

- ton nom camarade, ton nom que je le prononce devant la face du Très Haut

- appelle moi Jambe de Bois, par mon nom de coureur des plaines, par mon nom d’homme libre parmi ses Egaux.

- Jambe de Bois, Mostafa fils d’Abdul ne t’oubliera pas… mais pour ma foi, que tu ne partages pas, mais moi je te prie en la terre des hommes, face à ce point là, où se trouve pour moi un lieu fort saint

Mostafa serra un peu plus le bras de Jambe de Bois…

- sur mon honneur, j’en fais serment, dit Jambe de Bois.

Mostafa passa de l’autre coté, là où vont ceux qui partent… Jambe de Bois et le camarade de la Ligne, à coup de sabres, de poings et en creusant avec les doigts, ouvrirent la terre des hommes, pour y déposer Mostafa fils d’Abdul, le Mamelouk de Beissière… face là où il avait dit. Les deux Camarades couvrirent avec un tout petit tissu de lin - qui était le bien du soldat de la Ligne - ce qu’ils purent de Mostafa fils d’Abdul, car cela importait pour les Enfants de l’Orient ; pourquoi ? ni l’un ni l’autre ne le savait, mais peu importait ; ils firent à défaut de ce qu’il faut, ce qu’ils purent… Jambe de Bois ne connaissait aucune prière, pas plus que le Camarade de la Ligne ; alors Jambe de Bois improvisa, car ce qui est dit, est dit : Jambe de Bois avait promis à Mostafa et Jambe de Bois n’a qu’une parole…

- Très Haut des gens de l’Orient, Dieu des Mahométans, fait bon accueil à Mostafa fils d’Abdul. C’était un Homme Libre parmi s’est Egaux et ce n’est déjà pas mal ; qu’il entre la tête haute dans les Champs Elysées des Braves, dans le Valhala des mahométans, le paradis du Bon Dieu ou je ne sais quoi. J’ai dis !

- que ce soit dit, écrit et buriné dans le marbre du ciel, dit le Camarade de la Ligne, pas de larmes, pas de chagrin, car il fut Libre parmi ses Egaux



- XVI -


- Est-ce toi, Mostafa le Mamelouk des Chasseurs de la Garde ? dit tout haut Jambe de Bois.

- oui, je suis Mostafa fils d’Abdul, et tu es dans la tente de mon père Abdul fils d’Omar

- le crois-tu ce que je vois là, dit Jambe de Bois au Hongrois. Mostafa … Mostafa comment cela se peut-il ?

Alors, Abdul fils de Omar prit la parole…

- Jambe de Bois tu es là où rien n’est impossible, là où il n’y a ni temps ni distance tu es… dans ce que chacun appelle comme convient… disons pour te faciliter l’au-delà…

- tu es auprès de moi, Jambe de Bois, dit Mostafa fils d’Abdul. Mais tu n’es pas encore de l’au-delà ; mon père et moi avons mandé au Très Haut de te conduire chez nous, car nous avons des présents pour toi … dont tu feras le bon usage

Sur ces paroles Mostafa et son père prirent trois boites de joli bois, finement décoré de cuivre et de pierres bleues d’Egypte.

- Ce sont trois boites où tu trouveras, dans la première des dattes du pays d’Orient, dans la seconde des Oranges et dans la troisième du chocolat de par delà les mers ; tu constateras que pour la Noël des Chrétiens elles ne se videront point, mais chacun devra y prendre ce que doit, à la mode des Corsaires des Plaines… j’ai dis !

- chacun y prendra ce que sa main contiendra, dit le Hongrois. Voila qui est bien dit Abdul fils de Omar, ajouta t’il.

Il fut dit, il sera fait… mais, car il y avait un mais…

- Abdul fils de Omar, trois boites et deux Braves, cela ne fait point bonne mesure, mais l’on fera ce que pourra.

- crois-tu que je n’y ai point songé, dit Abdul fils de Omar. Les mystères de la Bonne Fortune y pourvoiront… j’ai prié celui qui a fait toutes choses et intercédé pour que mon Fils Mostafa s’acquitte de sa dette… il viendra ce jour de la Noël avec vous deux et sera le troisième pour porter la Boite des chocolats.

- mais il ne doit rien Mostafa, sur mon honneur il est mort en Brave, ton fils Mostafa, Abdul fils de Omar, en brave te dis-je

- certes, mais il te doit, à toi et à l’autre brave de Vilnia la prière qui lui a donné droit à être là… alors Mostafa veut, à son tour faire ce que doit pour les Fils de la Terre et du Ciel, ses parents

- je viendrai avec vous deux, camarades ; mais à l’aube du jour nouveau je reviendrai ici, le chez moi des Bien Heureux, dit fièrement Mostafa.

- il n’y à rien à dire, dit Jambe de Bois. C’est dit et…

- … ce qui est dit, est dit, dirent le Hongrois et Mostafa en riant.

- vas, je suis fier de toi mon fils, dit Abdul fils de Omar.

La magie des Lieux ne s’y fit point prier et Jambe de Bois qui portait la Boite des Dattes, le Hongrois qui portait la Boite des Oranges et Mostafa qui portait la Boite aux Chocolats se mirent en route en suivant l’Etoile des Enfants de la Terre…

L’Etoile des Enfants de la Terre fit grande Lumière et les Trois Corsaires des Plaines entrèrent en la Lumière…
D’un coup, le froid glacial de l’hiver d’Alsace enveloppa Jambe de Bois et son Furet, le Hongrois et son gros Chat et Mostafa de l’Au-delà. Mais là n’est pas à arrêter une troupe de Braves…
- XVII -

_________________
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 2:06

Aubernay, 24 décembre 23h30…

Les gens du pays d’Aubernay étaient bien tristes, ils savaient que nul ne survit à la froidure de l’hiver d’Alsace et à la tourmente de neige, surtout quand l’on a des cheveux de neige. Dommage d’aucun disait, voilà un homme qui nous revenait pour la Noël, si ce n’est pas tristesse de le perdre à peine venu… L’Abbé qui était un peu fol, lui était confiant…

- ils vont venir. Mieux, ils viennent et, je tiens cela des arbres et des animaux de la forêt… ils viennent et seront là pour le dîner de la Noël, ah quel beau jour que voila… ah quel beau Noël, pour Aubernay

Le voila bien entièrement fou, disaient les Gens d’Aubernay, tout fou qu’il croit qu’un parti, plusieurs viendront.

L’Abbé parla au petit sapin décoré…

- Sapin de Noël, dit sans perdre de temps à tous les arbres de toutes les forêts et à tous les animaux de part le monde d’assister, d’orienter ceux que nous attendons, dis leur de leurs porter l’assistance dont ils ont grand besoin…

Alors, ce jour de la Noël, jour où rien n’est impossible, le Petit Sapin de Noël agita son faîte et une brise sans froid partit tout azimut… la brise qui ne donne pas froid murmura à tous les arbres et les animaux des forêts, la supplique de l’abbé un peu fol… et tous se mirent au service des Trois Braves, qui ramenaient du Pays où le temps et la distance n’existent pas, des Dattes, des Oranges et des Chocolats aux Enfants de la Terre…

Ils trouvèrent, perdus dans la forêt d’Alsace les Trois Braves ; alors le Nuage de la Discorde leur disputa ses proies…
- Nuage sombre de la discorde, dit un vieil hibou, laisse donc ces trois là, ils s’en viennent pour la Noël d’Aubernay en Pays d’Alsace

- ils sont à moi, ils sont des guerriers, enfants de la discorde et des combats

- non, laisse les venir à Aubernay, car loin d’être Enfants de la Discorde, ils sont Enfants de la Concorde Universelle

Le nuage de la Discorde observa ces Trois là et admit qu’ils étaient de Braves Enfants de la Concorde Universelle… alors le Nuage de la Discorde en Neige de belle blancheur se transmuta…

…/…

- A la bonheur, nous voilà sortis de cette purée de pois, dit Jambe de Bois. Furet qui a bon odorat nous guidera vers notre Aubernay.

- la neige nous donne de la bonne lumière, dit le Hongrois. Et mon gros chat, qui voit bien mieux que nous la nuit nous guidera

- pressons le temps avance, dit Mostafa. Et bien des gens nous attendent.

…/…

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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 2:09

Le Vieux Hibou transmit le lieux où cheminaient les Trois Braves sortis de la Lumière de l’Etoile à un rat, qui le dit à un lapin qui le dit à un frêne des bois, qui le dit à une fleur des neige qui le dit à la Lune et la Lune le dit à un brochet qui le dit au ruisseau qui le dit à un buisson qui le dit à…

Jusqu'à ce que cela revienne au Petit Sapin, qui lui en instruit l’Abbé Etienne qui était assez fou pour trouver le moyen, sans doute le seul possible pour permettre aux Trois coureurs contre le temps de venir au convenu et comme il se doit pour assister au dîner de Noël…

L’Abbé parla aux animaux et aux arbres des forêts...

- que chaque bête se tourne vers la Lune, que chaque arbre dirige le vent dans le sens d’Aubernay, dit l’abbé un peu fol, et que brille tant que faire ce peut Dame Lune, ajouta t’il.

… la Chaîne des Bêtes fut comme une guirlande dans la nuit et les yeux des animaux de la Forêt brillèrent en une longue guirlande… de l’endroit où se perdaient les Trois Braves, jusqu’au Petit Sapin d’Aubernay. La Chaîne de Lumière des animaux de la forêt traçait le chemin…

Le premier à trouver le chemin fut Furet qui sentit le parfum de pain d’épice d’Aubernay que les arbres avaient envoyé jusqu’au Trois Braves.
Puis, ce fut le Gros Chat du Hongrois… puis Jambe de Bois, Mostafa et le Hongrois… les Trois Braves volaient plus qu’ils ne marchaient vers Aubernay ; mais qu’ils rencontrent un pauvre hère, un charbonnier en barrache ou ne serait-ce qu’un badaud en chemin attardé ; ils prenait le juste temps pour dire et faire…

- oh là, l’ami, viens et prends dans chacune de ces boites, des dattes, une orange et du chocolat, prends ce que ta main contiendra… en prenant ce qui te revient, tu auras ton besoin, sans prendre au nécessaire de tes frères les particuliers de cette terre….

Alors, Jambe de Bois, le Hongrois et Mostafa fils d’Abdul ouvraient leur boite en riant, chacun, homme ou bête y puisait les bonté de la Terre Mère, pour y prélever ce que contient la main afin que tous en eussent leur dû…

Jambe de Bois et sa troupe vinrent enfin aux portes d’Aubernay… mais Aubernay était vide, semblait-il… mais les yeux de la guirlande des animaux menaient jusqu’au presbytère de l’Abbé un peu Fou…

Mais le presbytère était vide d’Abbé… Jambe de Bois en fut tout triste et s’apprêtait à ne plus espérer… quand Furet dit :

- je sens le pain d’épice, je sens la friandise toute proche

- et moi je vois de la lumière sous la porte de l’étable

- entrons donc, dit le Hongrois

- faisons ainsi, dit Mostafa, fils d’Abdul

Alors Jambe de Bois ouvrit la porte de l’étable… l’Abbé y était, il avait fait une crèche pour tous les gens d’Aubernay et tous les gens d’Aubernay étaient venus pour y fêter la Noël… la Sainte Crèche de l’Abbé était faite de sujets de bois et c’est le menuisier d’Aubernay qui en grand secret les avait fait tous… tous sauf trois personnages. Il n’avait point fait les Rois Mages… devant cette merveille de bois si fin ciselé les Trois Braves, restèrent tout ébahis.

- tu es un sacré malin, dit le menuisier à l’Abbé

Les Trois Braves avançaient au beau milieu des Gens d’Aubernay… ils s’arrêtèrent devant la petite Crèche de l’Abbé un peu fou d’Aubernay.

- c’est bien beau, dit bêtement Jambe de Bois

Le Hongrois ouvrait tout grand ses yeux…

- regardez camarades, dit Mostafa Fils d’Abdul, je jurerais que l’âne gris et le bœuf nous ont souri…

Nul bruit ne couvrait la sérénité de l’instant… puis l’Abbé un peu fol qui parle aux arbres et aux animaux de la Forêt dit tout bonnement…

- il ne manquait que vous camarades, dit-il d’un air malicieux, que nous apportez-vous donc là, dans ces jolies boites en bois…

- un don de ceux de l’au-delà, de ceux des autrefois, qui nous envoient vous donner des Dattes, des Oranges et du Chocolat en partage à la mode des Feux Follets, dirent-ils tous trois, d’une seule voix, que chacun prenne ce que sa main contiendra

… l’histoire prend fin là

FIN


- Tu débloques camarade, que leur chantes-tu là !!! ah non, fin comme faim sont des mots à bannir de tes dictionnaires ; j’en toucherai deux mots au Frère Larousse…

- qui es-tu ? dis-je

- Jambe de Bois, tu ne me reconnais donc pas Eric ?

-mais, mais...

-laisse mémé tranquille et prends tes dattes, ton orange et du chocolat, on n’a pas toute la nuit camarade… il nous faut passer chez les autres, toutes et tous les autres fous qui croient en la joie de ce jour…

- bon Noël et… vive le Petit Tondu

…/…
et oui, il y aura une suite… il faut bien que j’en instruise mes Ânesses et Ânes Libres et Egaux surtout celles et ceux qui rêvent de la Vielle Egypte, dque je les instruisent de... ce qu’il advint à Aubernay le…

Aubernay, 25 Décembre 1823, car tous et tout continu…




A suivre donc…

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Ânathème
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Jeu 27 Déc 2007 - 4:51

Joli conte de Noël! Merci!

amitié

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Deviljihan2
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Ven 28 Déc 2007 - 0:05

Super, comme déjà écrit...
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l'âne
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   Dim 30 Déc 2007 - 4:18

heu! ben ,vivement la suite bravo! !


l'âne.
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MessageSujet: Re: Le Noël de Jambe de Bois   

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